Historique

Vous trouverez sur cette page une description des principales écritures du moyen-âge. Il y en a beaucoup d'autres que j'intégrerai au fil du temps.

Mais avant tout, je vais vous parler d'une particularité relative aux scribes. D'ordinaire, toute discipline a un saint patron. Toute discipline sauf la calligraphie. Les calligraphes ont eux un "démon patron", Titivillus !
Titivillus est né dans l'esprit des moines du XIIIème siècle et c'est en 1285 que l'on parle de lui pour la première fois dans le "Tractatus Penitentia" de John of Wales. Un peu plus tard, ses propos furent repris par le Patriarche de Jérusalem, Petrus de Palude, qui déclara lors d'un sermon : "Fragmina psalmorum/Titivillus colligit horum".Cela devrait vouloir dire que Titivillus collectait petit à petit des morceaux de psaume car, tapis dans l'ombre des monastères, il épiait les atrocités dites par les moines lors des offices. Ces derniers déplorèrent alors de petits problèmes lors des lectures et des chants. Titivillus était à l'oeuvre mais ne s'intéresait pas encore aux scribes.
C'est seulement au XVème siècle qu'il tourna son attention vers les scriptoriums afin de voir ce qu'il pourrait y faire. Alors, le démon se mit à traquer les erreurs et à les engranger dans sa besace qu'il remplissait des centaines de fois chaque jour. Chacune de ces erreurs était inscrite dans un grand livre, juste à côté du nom du moine qui l'avait commise. Et ce livre serait lu le jour du Jugement Dernier.
Avec la recrudescence des demandes en manuscrits provenant des universités, les scribes commirent de plus en plus d'erreurs. Ils les imputèrent alors à Titivillus pour s'en excuser. Cette croyance perdura encore longtemps car on en parlait encore vers la fin du XVème début du XVIème siècle.
Alors, si un jour vous prenez un porte-plume ou si vous pratiquez déjà la calligraphie, quand une lettre vient à manquer ou l'encre se met à baver, regardez derrière votre épaule ...

D'une certaine façon, c'est l'onciale qui relie la période romaine à la période médiévale.
Cette écriture datant du IVème siècle a perduré jusqu'au IXème siècle. Par la suite, elle n'est utilisée qu'en guise de majuscule, son rôle étant seulement décoratif.
Durant cette période, la graphie de l'onciale a évolué dessinant trois sous-périodes: du IVème au Vème siècle (l'onciale romaine), le VIème siècle (l'onciale classique) et, du VIIème au IXème siècle (l'onciale tardive).
A chaque évolution, les traits courbes qui sont sa principale caractéristique se retrouvent. C'est par ailleurs à ce niveau que se fait la rupture avec les principales écritures romanes comme la quadrata, écritures que l'on peut qualifier de rigides car toutes en barres.
Au début tout au moins, l'onciale était principalement en usage dans les monastères où les moines copistes retranscrivaient des ouvrages destinés aux nouveaux monastères qui ouvraient alors en grand nombre lors de cette période transitoire.
L'onciale a la particularité de ne pas avoir de majuscule et seulement deux ligatures (lettres reliées entre elles). Il s'agit de AE et NT. La ponctuation est aussi très différente de ce que l'on connait. La virgule devient un point à mi-hauteur de ligne alors que le point devient ":" et le point finissant un chapitre ou un paragraphe trois points en pyramide. Le point d'interrogation devient un "S" couché.

Onciale

Nous faisons un bond dans le temps pour arriver à la gothique ou plus exactement, aux gothiques car il en existe de plusieurs formes. Elles sont classables en six familles chronologiques, à savoir :
  • la gothique primitive (IXème-XVIème)
  • la gothique textura (XIIIème-XVème)
  • la gothique rotunda (XIVè-XVème)
  • la gothique cursive (XIVè)
  • la gothique bâtarde (XVème)
  • la gothique fraktur (XVIème)
Avant l'arrivée de la gothique, il y avait les écritures dites carolines (que j'incérerais plus tard) et c'est de ces dernières que découle la gothique primitive.
Il faut remonter au IXème siècle pour en retrouver les premières traces dans une chartre en faveur de l'abbaye de St Etienne de Caen. On y voit pour la première fois des brisures dans les m et les n ainsi que les traits d'arrêt à la base des jambages des i, r, d et h. Toutefois, il se pourrait qu'une influence des scribes anglo-saxons fit "muer" la caroline en y apportant ces modifications car ils utilisaient déjà des plumes à bec biseauté à gauche qui automatisent les brisures. On peut aussi comparer l'évolution de l'écriture à celle de l'architecture avec par exemple l'arc brisé qui illustre parfaitement la brisure des lettres.
La gothique textura est probablement la gothique qui fut la plus utilisée et la plus représentative du Moyen-âge. Elle se divise elle aussi en cinq catégories que sont :
La textura forme des textes denses. Cela est dû à l'espacement qui est d'une largeur de bec entre les lettres et de deux entre les mots. Il y a deux types de a, un dérivant de l'onciale et l'autre, fermé en son milieu par un tracé horizontal. Le d est lui aussi inspiré de l'onciale (haste inclinée). Apparaissent aussi le ç à la place du z ainsi qu'une petite ' sur le i (qui deviendra un point au XVème).
Autre caractéristique, les deux formes du r, avec un r ordinaire et un demi-r "" qui suit les voyelles et les lettres à panse (b, d, o, p, q). Idem pour le s qui devient en cours de mot un s long "" et n'a sa forme normale qu'en fin de mot. En cas de boucles opposées (de, oe, ...), les lettres peuvent être superposées. Il y a peu de ligatures, juste st, ct et tr. La ponctuation est la même que la notre mais doit être placée en milieu de porté.

Onciale Gothique